lundi 30 mai 2011

L'affaire des époux VERDIER 1/3



    Après dix mois d'absence et de changement, me revoilà dans la sphère "bloguistique". Et oui, après un déménagement de Normandie en Touraine, un nouvel hôpital où exercer mon métier d'infirmière et depuis deux mois un retour à l'école pour me spécialiser, j'ai retrouvé le courage et l'envie d'écrire l'histoire de mes ancêtres.


       Le 17 mai 2010, je vous avais parlé de ma découverte du double assassinat de mes ancêtres. Je ne savais pas grand chose de ce crime à l'époque. Depuis j'ai passé des heures aux archives départementales de Seine-maritime (avant de déménager) et tel un détective, j'ai retrouvé divers documents qui m'ont révélé les éléments de cette sombre histoire. Je vous expliquerai ma méthodologie dans un prochain billet. 



       Jean François Joseph VERDIER (frère de ma 4 fois arrière grand mère maternelle, sosa 85) et sa femme Marie Anne DESMARAIS vivent dans une maison quelque peu isolée dans un agréable petit village de Seine-Maritime, à Bailleul-Neuville. Mariés le 28 juillet 1812 à Fréauville, ils ont 2 filles dont une décéda à l'âge de 2 ans en 1814. La seconde est mariée à un cultivateur de la commune voisine. Le couple vit dans une certaine aisance acquise par leur ferme et est très estimé par son entourage. Leur défaut, sans doute, se vanter de ne pas vivre dans le besoin. 


       Le 29 novembre 1845, le marché de Neufchâtel en Bray attire les habitants des communes environnantes. On ne s'inquiète donc pas de voir les volets de la maison des VERDIER encore fermés. Ils ont du aller au marché comme tous les samedis. En fin d'après-midi, des voisines, alertées par les bêtes affamées, vont voir ce qui se passe et découvrent avec stupéfaction que la maison du couple a été forcée.


 
       Elles laissent leurs maris pénétrer dans la demeure et ils découvrent l’épouvantable désordre qu'il règne dans la chambre. Les autorités sont aussitôt prévenues et font une effroyable découverte.




       A la vue des crânes fracassés, on se doute que les époux sont passés de sommeil à trépas. Leurs corps ont été jetés au sol comme de vulgaires chiffons. Le vol était manifestement la motivation des meurtriers. En effet des objets et de l'argent ont disparu et vu l'état de la maison, ils devaient chercher une cachette … qu'ils n'ont pas trouvé puisqu'on découvrira le trésor des Verdier caché sous de la cendre au grenier, 2018 francs répartis dans de vieux pots.
       On compare aussitôt cet odieux crime avec l'assassinat de Marguerite LECOINTHE à Avesnes, femme âgée retrouvée sans vie chez elle, la boite crânienne aussi défoncée et le mode opératoire d'effraction similaire. Ces affaires ramènent la consternation dans le canton de Londinières, où vit encore le souvenir des crimes de la famille FOURNIER quelques années auparavant, crimes dont je vous avais parlé dans un précédent article, les drames de Saint Martin le Gaillard et de Douvrend.
       Déjà, on soupçonne certaines personnes peu fréquentables. En effet, les filles Boudier et Toupain, Châtel, Anceaume et sa femme, Mention et sa concubine venaient mendier toutes les semaines chez la fille Lecointhe ou établissaient une boutique de fortune devant sa porte. Dès son assassinat, on ne les vit plus jamais faire la manche dans le village.

 "Après le crime. Le partage des dépouilles"

       Le 8 janvier 1846, un vol de lard chez Pierre Carpentier avec effraction similaire aux autres affaires, fait porter les soupçons à nouveau sur Mention et Anceaume. Ce dernier, de peur d'être confondu, dénonce Châtel qui prend la fuite. Pierre Châtel a deux enfants, Arthur et Benoni ,qui seront deux témoins à charge contre leur père et ses acolytes. Le plus jeune raconte ce qu'il a vu et entendu au sujet du crime des époux Verdier. Il affirme qu'André Carpentier, Alexandre Lerat, Anceaume, Mention, Châtel son père et d'autres personnes qu'il ne peut nommer,étaient réunies en conciliabule le 28 novembre 1845 à la ferme de Parfondeval, repaire de mendiants. Puis ils partirent ensemble et se séparèrent. Ne rentrèrent au petit jour, avec une hachette tachée de sang, que Châtel, Anceaume, Lerat, Caquelard et Mention qui se partagèrent les biens et l'argent volés. Il put décrire avec précision les objets volés qui s'avérèrent bien être ceux des époux Verdier.


        Le proçès tient en haleine l'auditoire du 31 juillet au 18 août 1848. Treize personnes sont accusées. Ceux qui ne peuvent pas suivre cette affaire au tribunal, la lit au jour le jour dans « le Journal de Rouen » à la rubrique « revue judiciaire ». Après 18 jours d'audition des témoins et accusés et après de vifs débats, le jury rend son verdict.


       Sur treize accusés, sept sont condamnés. J'ai pu retracer le parcours des inculpés après leurs condamnations. Tous les détails dans un prochain article.


    Oh mes aïeux, je n'ose imaginer la douleur qu'ont du éprouver les proches des époux Verdier.

Double assassinat
L'affaire des époux Verdier 2/3
L'affaire des époux Verdier 3/3

Sources:
Archives départementales de Seine - Maritime
Journal de Rouen
"Causes célèbres de tous les peuples" par C. Dupressoir 1849

Dessins et textes extraits de "Causes célèbres de tous les peuples" 

dimanche 25 juillet 2010

Un peu de statistiques (Réponse à Généaligne)

    David sur son blog, Généaligne, s'est intéressé à la longévité de ses ancêtres. Il a calculé l'âge moyen au décès de ses ancêtres directs ce qui leur fait à tous un dénominateur commun, décès à l'âge adulte avec au moins un enfant.
Le nombre de ses ancêtres directs avec date de naissance et décès connues avec certitude s'élève à 89. Il obtient un âge moyen au décès de 61 ans et 10 mois (61ans et 5 mois pour les hommes, 62 ans et 3 mois pour les femmes).
Il nous incite à faire de même avec nos ancêtres, résultats que je vais vous faire partager.

J'ai procédé comme David. Sont comptabilisés uniquement les ancêtres directs avec une date de naissance et de décès exactes.
Je travaille avec Hérédis depuis toujours mais je ne me suis jamais vraiment intéressée à toutes ses fonctions et j'ai donc découvert la fonction "statistique-longévité". J'ai  tout simplement demandé à Hérédis de me traiter uniquement ma lignée sosa et hop, il me sort plus de 300 individus! En fait, le logiciel prend en compte les individus dont la case naissance et décès sont remplies avec des dates exactes, calculées ou approximatives ce qui fausse grandement les résultats.
Je suis donc passée par la méthode de recherche multicritères:


Ensuite j'ai marqué toute la liste mais sont quand même pris en compte les individus ayant des dates complètes précédées de "avant" et "après", individus que j'ai démarqué un à un. Il ne reste plus qu'à traiter ces individus marqués avec l'option "statistique-longévité".

Ma branche paternelle et maternelle sont établis dans deux régions distinctes, respectivement la Haute-Normandie et le Nord Pas-de-Calais dont voici l'âge moyen au décès.









L'âge moyen au décès des normands est de 67,16 ans soit environ 67 ans et 2 mois. La longévité est supérieure pour les femmes sauf au 18e siècle. En effet, sur les cinq femmes, une est décédée des suites de couches à 36 ans, Marie Dumont à 42 ans, deux autres aux alentours de la cinquantaine et une vieillarde à 84 ans.


L'âge moyen au décès de mes ancêtres du Nord est 65,28 ans soit environ 65 ans et 3 mois.
Le nombre d'ancêtres étudié est faible donc moins interprétable mais on s'aperçoit qu'au 19e siècle, il y a près de 10 ans d'écart entre les hommes et les femmes, ces dernières vivant moins longtemps. Sur les 7 femmes, 4 sont décédées entre 32 et 59 ans et la plus vieille à 75 ans. 4 étaient fileuses de lin. La vie dans le Pas-de-Calais étaient-elle plus dure qu'en Normandie au 19e siècle (10 ans d'écart chez les femmes), le métier de fileuse de lin induisait-il une durée de vie plus courte?

Pour conclure, l'âge moyen au décès global de mes ancêtres directs est de 66 ans et 2 mois, soit 4 ans et 2 mois de plus que ceux de david et mes extrêmes sont:
Jacques LETELLIER (1700-1725)(dont je vous ai déjà parlé dans de précédents billets) décédé à l'âge de 25 ans et
Adrienne VILLAIN (1908-2000), ma grand-mère paternelle, décédée à 91 ans et 11 mois passés.
Tous deux sont normands.

Edit du 20.07.2013: Adrienne VILLAIN a cédé sa place le 10.05.2012 à ma grand-mère maternelle décédée à 92 ans et 11 mois. Valéria WAS (1919-2012) est née en Pologne et est arrivée en France à l'âge de 6 ans, dans le Pas de Calais qu'elle n'aura jamais quitté (Ecoust-Saint Mein et Saint-Laurent-Blangy).

mercredi 14 juillet 2010

Les drames de Saint-Martin-le-Gaillard et de Douvrend (4/4)

Le procès, condamnations et exécutions

    Lors de sa séance du lundi 19 février 1838, la Chambre des mises en accusation est saisie des procédures instruites sur les deux crimes de Saint-Martin-le-Gaillard et de Douvrend.
Elle y joindra, pour faire bonne mesure, un troisième crime non élucidé et commis six ans plus tôt, dans la nuit du 8 au 9 août 1831, à Saint-Pierre-des-Jonquières.
La veuve Lambert, 87 ans, possède des terres alentours. Elle a vendu quelques parcelles pour subsister et la nouvelle s'en propage rapidement dans tout le village. Le soir même, elle est assassinée et dépouillée de ses biens avec une abominable sauvagerie, dont on retrouvera plus tard la manière d'opérer.
Pour l'autorité judiciaire, soucieuse de porter un coup d'arrêt aux agissements de bandes organisées qui tuent, pillent et sèment la terreur dans les villages, nulle doute que le mode opératoire et la violence portent, en dépit de leurs dénégations, la signature de la famille Fournier !

    Le jeudi 15 mars 1838, la foule se presse aux portes du palais de Justice de Rouen où va siéger la  Cour d'assises. Des cartes spéciales d'accès ont été parcimonieusement délivrées et on assiste à une mêlée de grands avocats et de juristes soucieux de se trouver une place. Ils doivent rester debout et certains même  s'insurgent contre le service d'ordre qui voulait les faire sortir de la salle. La salle d'audience est pleine en quelques instants, mais le Président Levesque sait faire rétablir l'ordre avec la fermeté qui le caractérise. Les débats dureront cinq jours.

    M. Mesnard, Procureur-général procède à l'exposé de l'accusation et déclare aux jurés : "Armez-vous de courage, car vous serez témoins d'horribles choses".
Il termine en adjurant les témoins de dire toute la vérité, sans crainte, puisqu'ils sont sous la protection de la justice. 162 témoins défileront devant la cour.
Ils paraissent, pour une forte majorité, plutôt à charge contre les accusés, complétant parfois leurs premiers témoignages de "ouï-dire". Au mieux, ils font preuve d'une prudente réserve n'ayant rien à reprocher ou n'ayant pas de relation avec les prévenus.
L'accusation s'efforce de démontrer que la manière dont les coups ont été portés, leur violence en toute insensibilité, sont bien le fait de bouchers de profession, habitués à assommer et à tuer des bestiaux, sans plus de remords. Le fait que Toussaint Fournier est gaucher comme l'un des assassins est aussi mis en exergue.


    Le maire de Saint-Martin-le-Gaillard rappelle la mauvaise réputation de Toussaint déjà chassé de Wanchy pour vol et dont le métier de boucher était plus qu'occasionnel. Napoléon Godry avait été condamné pour vol de bottes de foin. "On disait" qu'Euphémie Godry, sa soeur, était la concubine de Toussaint Fournier. La femme de Napoléon n'avait pas non plus bonne presse : son père avait été exécuté en 1817. Les fanfaronnades tenues antérieurement à plusieurs personnes par Toussaint, comme quoi "pour 1 000 F, il pourrait tuer son père ... pour 10 000 F, il lui plairait d'assassiner trois ou quatre personnes ..." et d'autres réflexions haineuses contre les curés lui sont hautement préjudiciables.

    Enfin, l'histoire du petit sac trouvé entre les mains de Catherine, la fille de Toussaint, débouche sur un témoignage accablant de la fillette qui pèsera lourd dans la balance. L'enfant est entendu, non pas comme témoin en raison de son jeune âge,  mais en vertu du pouvoir discrétionnaire du Président. Elle confirme, malgré la mise en garde du Président d'avoir à en répondre devant le "bon Dieu", que sa mère l'avait obligé à mentir en disant que toute la famille était couchée à huit heures trente, alors que son grand-père (Nicolas Augustin) et sa tante (Marie Euphémie Gaudry) étaient bien avec eux ce soir là et que son père les a fait coucher en disant : "dormez bien, il faut que j'aille chez M. le curé". Bref, un portrait de famille propre à convaincre les jurés de leur culpabilité.




    Passant au crime de Douvrend, le Président fait circuler parmi les jurés des bocaux contenant les têtes de l'abbé Michel et de sa servante Latteux : certains jurés détournent la tête refusant de regarder ces macabres pièces à conviction. Le procureur souligne alors les similitudes dans l'exécution des crimes, s'appuie sur les traces de pas dans le jardin : deux des meurtriers ont marché pied-nus et il y a une adéquation parfaite, selon les médecins appelés comme experts à la barre, entre l'empreinte en cire et le pied de Napoléon Godry, en raison de sa courbure caractéristique et de l'épaisseur de son orteil. S'y ajoute que les cheveux retrouvés dans la main de Céleste Paris sont reconnus par les experts comme appartenant à Napoléon.

    Le crime des Jonquières paraît presque comme une répétition des faits, même si les inculpés nient farouchement connaître la victime ou être au courant de la vente des terres.

    Tout au long des débats, les accusés demeurent impassibles, totalement insensibles lors de l'évocation des atrocités. Seul, Napoléon Godry s'amuse parfois à interrompre la procédure par des remarques futiles. Ils se défendent avec maladresse, niant systématiquement chaque fait directement reproché et récusant tout témoignage défavorable.


    Le 22 mars, le Procureur général procède à un réquisitoire clair et sans appel. Les défenseurs ont une rude tâche pour développer leurs arguments.
Le Président soumet aux jurés les 62 questions auxquelles ils auront à répondre. Le jury délibère à peine trois heures : 53 réponses sont affirmatives.
Jean Nicolas Toussaint Fournier, Jean François Fournier, leur père Nicolas Augustin Fournier et Jean Baptiste Napoléon Godry sont condamnés à la peine de mort.
La Cour ordonne en outre que l'exécution ait lieu  en place publique de Saint-Martin-le-Gaillard, sans doute pour frapper les esprits.
Marie Madeleine Sophie Godry, femme de Toussaint Fournier, est condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Elle décèdera le 25 septembre 1845 à la centrale de Clermont dans l'Oise. Les autres prévenus, notamment Justine Guérin, femme de Napoléon Godry et Marie Euphrémie, soeur de ce dernier, sont acquittées.

    À l'énoncé du verdict Toussaint dit : "vous me condamnez pour un autre" ; François Fournier est anéanti et retombe sur son banc ; Napoléon Godry déclare : "je n'ai rien à réclamer, sinon que le jury commet à mon égard un véritable assassinat" ; quant au père Fournier, furieux, il s'en prend aux jurés "vous êtes une bande d'assassineux !"

    Cependant, les habitants des communes alentours trouvent trop long le temps qui s'écoulait entre condamnation et l'exécution. Enfin le jour fatidique fut fixé au 13 juin 1838.


Journal de Rouen 15.06.1868 - Archives départementales de Seine-Maritime

Dans, chaque village, de Dieppe à Saint-Martin-le-Gaillard, les habitants se rassemblent pour regarder passer le lugubre convoi.
Sur place, dès la nuit précédente, un nombre considérable de curieux est venu de toute la Seine inférieure : on estime à près de trente mille les personnes venues assister à l'exécution et les abords des bois de Justice prennent l'aspect d'une foire.
Le moment venu, dans leurs derniers instants, les condamnés protestent encore de leur innocence ... mais la justice passe.


Les têtes des suppliciés sont envoyées à Rouen à l'hôpital saint Yon pour examen
; les quatre cadavres furent enterrés dans une fosse commune du cimetière de Saint-Martin, non loin du monument, encore visible de nos jours, élevé à la mémoire de l'abbé Lhermina, de sa servante et de sa nièce.





Selon la croyance locale, sur la colline où fut dressé l'échafaud, quatre arbres furent plantés dans le sang des suppliciés, mais seulement trois ont poussé (les autres sont plus récents), ce qui fait dire à certains que parmi eux, il y avait peut-être un innocent.





Oh mes Aïeux ... ces drames resteront des années dans la mémoire des habitants  qui en feront allusion lors du double assassinat de mes ancêtres en 1845... mais ceci est une autre histoire ...


Fin.

Sources:
Pièces originales du procès
Revue de Rouen et de Normandie (1838)
Les grandes affaires criminelles de Seine-Maritime par Eddy Simon (2006)
Journal de Rouen - Archives départementales de Seine-Maritime